le thème

La fabrique de la violence

Tous les soignants subissent la violence actuelle de « l’institution » (ce que Tosquelles appelle « établissement »), mais personne ne la voit comme telle, et la pense encore moins. 

Au contraire, elle est adoptée comme étant la situation « normale ». 

Déshumanisation et dévitalisation sont les effets des techniques managériales du néo-libéralisme. Certes, la violence a toujours existé dans les lieux de soin et d’accueil, mais aujourd’hui elle est le fait de protocoles, consignes, parcellisation des tâches, elle n’est plus que la conséquence de la machinerie bureaucratique et de la servitude volontaire. 

Aujourd’hui, constater et évaluer la folie importe plus que la soigner. 

Le psychotique disparaît derrière la liste de ses symptômes, piégé dans un ensemble de troubles instrumentaux dont l’addition fera son diagnostic. Il était malade, le voilà handicapé ; il était sujet d’une histoire, le voilà objet de ses dysfonctionnements ; il était porteur d’une parole singulière, maintenant sa biologie parle pour lui. 

Privé de son histoire, de sa parole, du sens singulier de sa folie, défini par ses défaillances, ses déficits, ses dysfonctionnements, le patient psychotique perd, peu à peu, cette place d’interlocuteur avec lequel nous avons des échanges humains et humanisants. 

Or l’histoire nous a appris que chaque fois qu’un être humain est renvoyé à sa seule biologie, il devient corps sans esprit, organisme sans visage, simple vivant sans véritable existence. 

Il disparaît en tant que sujet et risque de réapparaître comme déviant ; alors le pire devient possible. Avec Jean Oury nous devons continuer à affirmer que la psychiatrie, c’est justement fait pour éviter le pire, éviter que soignants et patients soient considérés comme des monstres. 

Mais avec quels moyens, par quels dispositifs, pouvons-nous sortir de cette violence, préserver et réinventer dans nos institutions une approche poétique de l’autre, une dimension spirituelle dans nos pratiques, et peut-être même une part de rêve dans notre façon de penser la folie ? 

Nous vous proposons justement de mettre en partage vos expériences de ce qui, dans vos pratiques, vous permet ou vous permettrait de continuer à rêver le sujet psychotique et, pourquoi pas, de rêver avec lui. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :