les ateliers

• atelier 1: réinventer le commun

« L’homme est de plus en plus absent de la psychiatrie mais peu s’en aperçoivent parce que l’homme est de plus en plus en plus absent de l’homme » H. MALDINEY

Au-delà de nos bricolages quotidiens réinventer le commun ne serait-ce pas, soutenir, en nous-même et avec les autres, cette conscience vive de ce qui ne cesse d’être menacé de disparaître.

Face à la mise à l’épreuve par « l’institution-entreprise » des conditions de possibilité de l’ordinaire et du familier dans nos rapports interhumains, il s’agit donc :

– de soutenir le principe politique de l’usage participant comme essentiel et incontournable à tout processus d’émancipation individuelle et groupale.

– et, in fine d’entretenir l’initiative collective, la coopération, et de rendre ainsi perceptibles leurs effets directs sur ceux qui y participent.

Le « vivre-ensemble » échappe, en effet, à ce qui voudrait l’instaurer, et n’existe qu’au gré ou malgré les dispositifs censés le baliser ou l’organiser qui se doivent ainsi d’être « profanés » (G. AGAMBEN) pour être rendus à l’usage commun. Les outils de la Psychothérapie Institutionnelle ne prennent de sens dans le présent de nos pratiques que pour autant qu’ils nous permettent par leur usage de revisiter leur « archéologie », d’en nourrir l’analyse sociologique dans le contexte actuel, et d’en travailler la dimension d’agir instituant (praxis) qui ne les dévoilera qu’en tant qu’ébauche d’un « à-venir ».

Dans leur réalité contemporaine les institutions dont nous participons ont séparé lieu de vie et lieu de soins, dénoncent toute ouverture à la subjectivation comme contraire aux pratiques professionnelles, cherchent à étouffer toute conflictualité derrière des consensus de surface. Cette prise de conscience nous conduit à interroger les liens et les espaces que nous entretenons, au sein de nos équipes, dans nos institutions et entre nos institutions, pour soutenir les conditions de possibilité de relations interhumaines au delà de nos statuts, rôles et fonctions.

Nous vous proposons autour du thème de cet atelier de poser les jalons de nos avancées et de nos élaborations communes dans le mouvement de « co-construction » du dispositif de ces rencontres participant de l’actualité du mouvement des Psychothérapies Institutionnelles, convaincus que nous sommes que « c’est à partir du commun que pourront surgir les inventions créatrices » F. FANON

– « Vous avez dit démocratie sanitaire ? Sur le chemin de la construction d’un club, l’effet levier d’un appel d’offre ARS », association Les Passerelles – Cadillac (33)
– « Comment la jeunesse peut inventer un lieu pour penser à l’hôpital psychiatrique ? »,  Unité de soins Jeunes Adultes Malval – clinique de Vaugneray (69)
– « Des infiniment petits  pour un infiniment grand », Institut Médico-Éducatif La Roquette – Séverac le Château (12)
– « Quelques miettes de plus… », Hôpital de jour pour enfants Yves Racine – Mende (48)

• atelier 2: Ce qui suffit …

Aujourd’hui, on est en droit de se demander si dans nos institutions nous faisons « ce qui suffit » pour dispenser le soin ou réaliser les accompagnements des personnes accueillies. Nous avons de bonnes raisons pour en douter car de multiples paramètres viennent nous inquiéter et nous donner de bonnes raisons pour, justement, renoncer à « ce qui suffit ».

Nous pouvons aussi nous demander si parfois nous n’en faisons pas de trop, c’est-à-dire, plus qu’il ne le suffit, car c’est ce qu’il semble nous être dit par des administrateurs, par des politiques ou des fonctionnaires.

Réduire les coûts au nom d’une restriction budgétaire pour limiter le trop ; réduire les moyens financiers au nom d’une rationalisation des dépenses pour limiter les excès, réduire les moyens au nom d’une organisation scientifique du travail pour éliminer les superflus. Cela nous conduit petit à petit à une certaine paupérisation du travail en l’occurrence du travail de soin et d’accompagnement.

A réduire ainsi les moyens en restera-t-il assez pour que ce qui reste soit suffisant pour réaliser les missions de service public (déléguée ou non) qui sont les nôtres ? Les « en plus » perçus comme « des en trop » se sont tellement réduits qu’à ce jour chacun se pose la question de savoir jusqu’où ces réductions vont-elles aller ? Ont-elles franchies un seuil et basculées vers l’en moins, vers le pas assez, vers le manque, vers l’insuffisant.

Par ailleurs, les personnes malades ou en situation de handicap, les patients ou les usagers ne semblent pas s’en plaindre, bâillonnés par leurs troubles ou leurs incapacités, le peu qu’il reste ce sera toujours mieux que rien. Mais peut-être que le besoin n’est pas dans les moyens certes utiles, le besoin semble plutôt tourné vers ce qui est nécessaire, vers l’indispensable peut-être simplement vers une attention respectueuse, peut-être, juste un autre regard, une place parmi les autres, ou un lieu de repli…

Alors cet atelier proposera de réfléchir sur ce qui suffit car ni le trop ni le manque ne sont appropriés à un travail d’accompagnement ou de soin. Ce qui suffit est parfois assez. Ni plus ni moins. Juste ce qu’il faut. Les témoignages et les élaborations des équipes nous montrerons que ce qui suffit c’est aussi trois fois rien, voire un « presque rien » ou un « je ne sais quoi » chers à Jankélévitch. C’est là, à ce point d’irréductible que se tisse le lien infrangible, que se maille l’inaliénable relation.

– « Accueil et espace dans le soin psychothérapique : expérience d’atelier ”plantes” », Unité de soins ambulatoires CHU – Toulouse (31)
– « De l’ordinaire pour des enfants extra ordinaires…. », Institut Henri Wallon – Villeneuve Loubet (06)
– « Qu’est ce que signifie « apprivoiser » ? », Lieu de vie « les Drageons » – Mende (48)
– « La recette pour docteur Nini», Centre Médico-Psychologique enfants – Cabestany (66)

• atelier 3: Éviter le pire

La psychose est une catastrophe existentielle qui contraint le sujet psychotique à vivre dans une perplexité permanente qui ne lui laisse aucun repos. Privé du sens commun et des coordonnées que fournissent d’ordinaire les axiomes de la quotidienneté, le sujet psychotique, en perdant l’évidence naturelle, finit par perdre toute familiarité avec le monde-du-vivre (Lebenswelt) et montre les plus grandes difficultés à vivre dans un monde qui est aussi le monde des autres. Pour tenter de s’arrimer à ce monde partagé, le sujet psychotique doit faire activement ce qui d’ordinaire se fait sans effort, il s’épuise à fonder puis prouver son existence à chaque instant ; pour lui, rien, jamais, ne va de soi.

Et pourtant, Jean Oury, dans son livre de dialogues avec Patrick Faugeras, laisse entendre que le pire n’est pas dans cette catastrophe, car le pire, dit-il en substance, est encore à éviter et la psychiatrie c’est justement ce qui sert à éviter le pire. Le pire serait sans doute à chercher du côté de l’indifférence de notre société face aux efforts inouïs des psychotiques pour vivre dans la décence ordinaire, ou du côté de son désintérêt pour leurs réalisations si précaires, pour ces petits bouts d’existence désespérément accrochés au train de la vie et toujours en risque d’être écrasés, réduits à rien par la locomotive sociale avide de performances et de réussites éclatantes.

Si, comme le dit encore Jean Oury, la psychiatrie n’est pas là pour fabriquer des athlètes, elle ne peut, ni ne doit, se soustraire à l’obligation de « soutenir l’existence en toutes circonstances » (Hélène Chaigneau). Nous nous intéresserons donc tout particulièrement dans cet atelier à comment la psychiatrie d’aujourd’hui, malmenée, en crise, peut et doit, encore et encore, créer des dispositifs d’accueil de ces petits riens du quotidien qui comptent sans pouvoir être comptabilisés. Nous ouvrons cet atelier à celles et ceux qui veulent nous raconter de quelle façon et avec quels dispositifs inventés, ils continuent à soutenir les existences les plus précaires en soutenant un quotidien partagé, en rendant le monde plus familier. Sans ce travail c’est bien le pire qui risque d’arriver : la disparition puis l’oubli des fous dans de nouveaux asiles à la géographie carcérale.

– « La boite à Eux de Perséphone », Unité d’hospitalisation pour adolescents CHS St Ylie – Dôle (39)
– « La fabrique de l’ordinaire et du familier en institution », Centre psychothérapique de l’Ain – Bourg en Bresse (01)
– « Le travail du quotidien, de l’ordinaire en psychiatrie pour éviter le pire ?», secteur 29G13 – Landerneau (29)
– « Le laboratoire de promotion du sujet: l’espace pour les rencontres. », Équipe pédopsychiatrie secteur Hagueneau Saverne – Brumath (67)

• atelier 4: L’inquiétante étrangeté

Si l’hospitalité c’est rendre disponible à l’autre ce qui lui était jusqu’alors étranger, alors accueillir c’est créer les conditions d’un accès au familier, au commun. Qu’en est-il de l’hospitalité quand le fonctionnement du lieu, censé accueillir, est réglé sur des normes établies qui visent à ce que tout soit codifié, prévisible, maîtrisable ? Qu’en est-il lorsque la Parole n’est plus légitime, que seuls comptent les chiffres ?

Oury disait de l’institution qu’elle devait être la fabrique de l’événement, or nos établissements deviennent les entrepôts du non-événement, lieux organisateurs d’une stabilisation et d’une conformité mortifères.

Quant au patient il doit s’adapter à ce milieu clôturé par le savoir et la règle. Qu’en est-il du vécu des sujets hospitalisés dans ces lieux, dits de soin, où l’on dénie leur mode d’être au monde, où on les somme de renoncer à leur vie psychotique, là plus qu’ailleurs ?

Dans un tel milieu inhospitalier, sans rencontre, sans reconnaissance, l’autre reste un étranger qui fait peur, l’hostis hospitalité devient hostis hostilité. Comment accueillir les sujets qui ont à faire avec la folie dans une institution qui ne leur soit pas trop étrange et inquiétante ? Comment rendre ces lieux habitables, comment soutenir notre pratique de soignants au quotidien ?

C’est à quoi nous proposons de réfléchir ensemble dans cet atelier.

– « Quelque chose à peine audible, un familier », IME La Bourguette – La Tour d’Aigues (84)
– « Au delà des illusions, l’accueil à l’hôpital serait-il devenu un acte de résistance ? », service du dr Chemla – Reims (51)
– « Petits arrangements avec le quotidien », Groupe d’Entraide Mutuelle Le Passe Muraille – Toulouse (31)
–  « Quand la règle fait symptôme », service de psychiatrie générale – Millau (12)
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